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La relation avec la langue chinoise, comme véhicule de la culture continentale, est déterminante dans l´histoire de la culture japonaise. Prenant comme modèle cette forme de symbiose culturelle articulée sur le façonnage de la langue, Jean-Noël Robert propose d´adopter le terme de « hiéroglossie » pour désigner l´interaction hiérarchisée entre deux ou plusieurs langues dont l´une apparaît comme l´axe interprétatif de l´autre ou des autres, lesquelles sont menées en retour, par l´action continue de cercles de plus en plus vastes de la société, à rivaliser ensuite de « sacralité » avec leur modèle originel. Ce dialogue constant, cette relation hiéroglossique entre les deux langues s´est maintenue tout au long de l´histoire de la culture japonaise, jusqu´au dernier tiers du XXe siècle. Le discours que prononça Yasunari Kawabata, le premier écrivain japonais ayant reçu le Prix Nobel en 1968, témoigne de cette conscience linguistique. En puisant la plupart de ses sources dans la poésie bouddhique japonaise - par exemple celle des moines Dogen, Myoe, Ikkyoû -, Kawabata s´inscrit dans la tradition zen et la mystique du langage de l´école Shingon (VIIIe siècle), selon laquelle il existe un lien direct entre les signes linguistiques - écrits et oraux -, et la substance des choses, qui n´est autre que la substance même de Buddha.